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"Se fondre dans le moule de l'entreprise 2.0 et profiter de la puissance de l'Internet collaboratif pour devenir plus agile et plus innovante", tel est en quelques mots le défi lancé aux sociétés. Mais pour cela, il semble qu'il leur faille passer par des étapes aussi peu anodines que transformer leur organisation, bouleverser leur philosophie managériale (généralement fondée sur le principe hiérarchique) ou encore redéfinir leur vision du business. De quoi les rendre perplexes, d'autant que les spécialistes affirment que seule une utilisation massive et généralisée de ces nouveaux concepts dans le monde de l'entreprise conduit au succès (1). Est-ce pour cela que de nombreux groupes avouent ne pas bien identifier les enjeux et ne pas sentir le besoin de se précipiter dans cette voie ? Pourtant, aucune échappatoire possible, nous affirme l'un des spécialistes du domaine, Don Tapscott ! Il explique ainsi dans son dernier ouvrage, Wikinomics, qu'être réfractaire à la wikinomie (donc à la vague 2.0) serait suicidaire (42). Reste qu'il faudrait peut-être, pour commencer, arriver à donner à ce concept une tournure un peu plus concrète. A tout bien considérer, la plus grande révolution ne viendra-t-elle pas plutôt des individus eux-mêmes ! Ainsi, ce mouvement, amené à bouleverser le quotidien, la vie des gens ainsi que l'organisation des entreprises, n'est-il pas en train de restructurer en profondeur notre environnement de travail et tout simplement de le réinventer ? Difficile d'échapper au discours ambiant plutôt enthousiaste sur le phénomène "entreprise 2.0". Les contours de ce concept restent pourtant encore bien flous dans l'esprit de nombreux professionnels, alors même qu'on leur prédit que ce mouvement pourrait révolutionner leur façon de travailler. Car c'est bien de "révolution" dont parlent tous les spécialistes... Les discours des gourous du domaine (Andrew McAfee, Dion Hinchcliffe, Don Tapscott...), auxquels se mêlent les nombreuses contributions de blogs dédiés au sujet et les prévisions des cabinets d'analyse estiment tous que les nouveaux outils web 2.0 devraient radicalement tout changer. Gartner voit ainsi dans le web 2.0 version entreprise 2.0 - qu'il a baptisé de l'acronyme : ESS pour Enterprise Social Software - tout simplement une révolution en cours (36). Forrester qui parle plutôt de "social computing" (35), estime lui aussi que le concept signifie "faire la révolution dans nos organisations d'entreprises, méthodes de gestion et de RH, et autres administrations de projets". De leur côté, les journalistes y vont également de leurs visions libertaires : Le Journal du Net reprend les propos du fondateur de Main Consultants, Serge Levan : "Il faut se libérer de ce modèle de posture managériale fondé sur la domination par principe : les outils collaboratifs exigent la communication par principe" (27). Tandis que Luc Fayard nous explique dans 01 Informatique : "fini le top-down, les institutions savantes, la hiérarchie, les schémas directeurs et autres process préhistoriques du management stalinien. Vivent les communautés de pensées et de pratiques, le partage de connaissances en réseau, les chantiers en parallèle et les microprojets qui s'emboîtent comme dans un puzzle" (35). Mais qu'y a-t-il de révolutionnaire dans "l'entreprise 2.0" ? La déclinaison en entreprise du concept Web 2.0 correspondrait en fait à toute une combinaison d'outils et de technologies, d'approches communautaires et de modèles économiques, laquelle - explique David Smith, analyste du Gartner, dans un article intitulé "Web 2.0 : Beyond the Buzz – What's Real and What's Not" (45) - serait révolutionnaire dans la mesure où elle va bouleverser l'univers du travail et pousser l'entreprise à se réinventer. Pour comprendre plus précisément de quoi il en retourne, on peut chercher des débuts d'explications dans les nombreuses propositions de définitions qui existent sur le concept. Depuis celle du gourou du domaine et inventeur du terme, Andrew Mc Afee : “L'entreprise 2.0 correspond à une utilisation de plateformes sociales émergentes au sein de sociétés ou entre des sociétés, leurs partenaires et leurs clients“ (9). En passant par celle de Bertrand Duperrin qui consacre son blog au sujet : "L'entreprise 2.0 est la mise en œuvre d'un ensemble de moyens permettant l'éclosion de dynamiques portées par les individus dans le but d'adapter l'entreprise aux enjeux de l'économie de la connaissance et aux évolutions sociétales, sous contrainte de sa culture et de son contexte" (4). Ou celle plus générale de Wikipédia : "L'entreprise 2.0 permet d'accéder à l'intelligence collective de nombreuses personnes, transférant un énorme avantage compétitif se traduisant par une augmentation de l'innovation, la productivité et de l'agilité" (10). Sans oublier l'important travail de synthèse proposé sur le blog de Frédéric Cavazza dans son long article "Qu'est-ce que l'entreprise 2 ?" (9). Lequel précise, en préambule, que l'entreprise 2.0 n'est pas une question de technologie. Elle ne repose pas sur des innovations technologiques, elle regroupe un certain nombre de nouvelles pratiques de collaboration qui ne nécessitent pas "a priori" d'aménagement dans le système d'information. De l'entreprise 2.0 au travail 2.0... Recréer du lien, permettre à l'individu d'exister à nouveau dans le groupe et aux communautés de pratique de se développer... Autant de principes auxquels les entreprises ne se montrent pas franchement hostiles lorsqu'elles sont interrogées par les journalistes et sur lesquels certaines directions informatiques se disent même plutôt enthousiastes. Pourtant, la plupart restent bien frileuses dans la pratique. Combien de sociétés peuvent être aujourd'hui estampillées 2.0 ? Bien peu. Certains observateurs se demandent même si l'entreprise 2.0 correspond à de nouveaux outils... pour travailler ou... pour refaire le monde ? (3). "Vision d'avenir ou fumisterie ?" lance sur le ton de la provocation Guillaume Plouin (responsable de veille technologique) sur le site du Journal du Net (30). Et bien, justement, pourquoi ne pas choisir d'aborder ce sujet plutôt flou de l'entreprise 2.0 sous l'angle du travail, le "travail 2.0" ? Une multitude de questions bien concrètes viennent alors rapidement à l'esprit. Et plutôt qu'un concept générique, on aborde alors des sujets qui n'ont rien d'abstrait : Les nouveaux outils sociaux collaboratifs vont-il remettre en cause les applications professionnelles, transformer la culture d'entreprise et le processus décisionnel des organisations ? Le travail 2.0 dans l'entreprise ne va-t-il pas entraîner de nouvelles pratiques et de nouveaux contrôles et, nécessairement, poser des questions sécuritaires, juridiques et organisationnelles ? Les sociétés et leurs salariés sont-ils prêts à tout cela ? Les applications web 2.0, si prisées par le grand public qui manifestement les pousse à entrer dans le monde professionnel, ont-elles un sens dans le contexte de l'entreprise ? Surfer sur la vague web 2.0, oui, pourquoi pas, mais pour quels bénéfices au bout du compte ? Il reste à identifier les projets rentables (39) et, en pratique, il faut bien reconnaître que la plupart des applications doivent encore faire leurs preuves. Un exemple parmi d'autres, nous n'en sommes qu'au début du début des intranets collaboratifs... S'il est probable, selon les experts du Gartner Group, que la majorité des grands comptes (typiquement les Global 1000) adopteront ces technologies (au moins partiellement), le cabinet de conseil reste toutefois sceptique sur leurs ambitions : "elles n'arriveront pas à adopter la dimension "sociale" de ces nouveaux outils, réduisant ainsi leurs effets" (45). Le travail 2.0 serait en fait moins une question d'investissement qu'une question de philosophie d'entreprise. De ce côté, "tout reste à faire", explique BEA qui a interrogé des entreprises européennes sur leurs motivations en matière de web 2.0. Son enquête fait notamment ressortir le fait que les firmes ont peu ou pas investi dans ces outils par manque de compréhension de leur implication au niveau métier (46). Leur design ludique et l'attrait des utilisateurs pour elles ne semblent pas être des arguments de motivation suffisants pour les adopter. Pourtant, les entreprises ont-elles vraiment le choix d'accepter ou de refuser de travailler avec les outils estampillés 2.0 ? Et d'ailleurs, si le seul concept "d'entreprise 2.0" semble bien flou, celui de "travail 2.0" ne s'affiche t-il pas déjà un peu, ici et là, par petites touches : chatter avec ses collègues autour d'un projet commun, partager un fichier en ligne, communiquer en mode wiki sur un projet... ? Autant de signaux annonçant qu'un grand virage est en cours et qui nous poussent à mener une série de réflexions sur le thème du travail 2.0. Le spectre des sujets concernés est très large, ils englobent à la fois des problématiques liées à l'individu, à l'entreprise, à la société en général (législation, justice...), lesquelles s'emboîtent avec des éléments technologiques, sociologiques, organisationnels et stratégiques. Sans chercher à dresser ici une liste exhaustive de tous les sujets qui se rattachent au "travail 2.0" et qu'il nous semble utile d'aborder, de développer ou de surveiller, nous vous proposons un panorama de questions et l'énumération de mouvements déjà plus ou moins perceptibles que nous avons choisis de mettre en avant. 20 mai 2008 – Tous droits réservés - © documental – AU SOMMAIRE DE CE DOSSIER - Les salariés face au travail 2.0 : les défis à relever, les bouleversements à accepter pour s'adapter cliquer ici - Travail 2.0 : quelles sont les implications managériales et organisationnelles ? cliquer ici - Travail 2.0 : des implications sociétales en cascade cliquer ici - Travail 2.0 : quels outils, quelles pratiques ? cliquer ici
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