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Les réseaux sociaux sont devenus une activité sociale à part entière pour beaucoup d'internautes, une activité qui frappe aujourd'hui de plein fouet la sphère de l'entreprise. Mais ces réseaux sont-ils seulement utilisables dans le cadre professionnel ? Et ceux qui les perçoivent comme l'avenir du travail collaboratif ne vont-ils pas un trop vite en besogne ? Est-ce pour autant envisageable de s'opposer à l'arrivée de cette lame de fond alors que de nombreux salariés sont déjà présents, à leur propre initiative, sur ce type de sites où ils fournissent bien des informations sur leur entreprise. Un réel casse-tête... D'autant qu'il faudrait peut-être commencer par s'y retrouver dans la grande variété de solutions répondant au label "réseau social". A côté des grands réseaux généralistes comme Facebook ou des réseaux sociaux professionnels, type LinkedIn ou Viadeo, qui sont utilisés à des fins BtoB ou EtoE, les éditeurs développent des offres à usage interne, protégées par le firewall du groupe. Mais ne parle-t-on pas finalement de choses différentes ? Quant à l'émergence des réseaux sociaux mobiles - telle la solution en vogue, Twitter - on peut se demander s'ils ne deviendront pas prochainement l'application incontournable des grands réseaux sociaux professionnels. Réseaux sociaux dans l'entreprise : la collaboration version web 2.0 Les réseaux sociaux sont ce qu'on pourrait appeler "la grande affaire du moment" sur le web. Si les adolescents et les étudiants ont été les premiers à s'emballer pour ce type de sites, ces derniers se sont ensuite largement répandus jusqu'à toucher toutes les catégories de la population. Une sorte d'engouement collectif qui, loin d'être passager, est devenu une activité sociale à part entière pour beaucoup d'internautes (activité que nous présentions dans un précédent dossier panoramique intitulé : "réseaux sociaux, cœur du web 2.0"). Le monde de l'entreprise ne pouvait rester longtemps en dehors de cette ébullition. Les sociétés qui s'intéressent au sujet partent du constat que les salariés, avec Facebook et les autres réseaux sociaux généralistes, sont désormais habitués à discuter avec leurs collègues, sur ce type de média, de sujets multiples et qu'il suffit finalement de continuer sur cette lancée (25). Dans le contexte d'un groupe, l'idée générale est donc d'utiliser les réseaux sociaux mais en y ajoutant des fonctions plus professionnelles, afin que les participations des uns et des autres portent aussi sur la vie de l'entreprise. Reste que de nombreuses entreprises n'ont pas encore vraiment connaissance de ce phénomène émergent ; elles se trouvent confrontées à ce qui aujourd'hui est une lame de fond, alors même qu'elles n'ont pas bien saisi l'intérêt de ce type d'application, ses enjeux et le potentiel qu'il peut représenter pour l'atteinte de leurs objectifs d'affaires ; elles se demandent notamment si la maîtrise de ces réseaux peut réellement être demain un avantage compétitif pour elles (6). Les réponses à ces questions sont floues car, il faut reconnaître que les bénéfices possibles à retirer des réseaux sociaux sont encore largement inexplorés par la plupart des entreprises (18, 43) et que l'on manque cruellement de points de repère. On trouve bien sûr, sur le web et dans la presse, des énumérations des usages possibles de ces réseaux mais rarement des informations concrètes sur les résultats de leur mise en oeuvre. Pourtant, les experts et les journalistes conseillent aux entreprises de réagir dès à présent, avant d'être dépassées par le phénomène, leur rappelant que leurs salariés se connectent déjà, à leur propre initiative, à de tels sites, et peut-être même dans le cadre de leur travail. Toute la question pour l'entreprise est finalement de déterminer, comme le titrait récemment Information Week, si, dans le contexte professionnel, les réseaux sociaux sont une pure perte de temps ou bien la nouvelle façon absolument incontournable de collaborer (43). La fièvre des réseaux sociaux Pour prendre une décision, les entreprises peuvent être tentées de se faire une première idée en lisant les conclusions des nombreuses études portant sur le sujet. Hélas, elles vont certainement rester perplexes à la suite de leur lecture car s'il semble que tout le monde s'emballe pour le phénomène (Gartner a, par exemple, classé les réseaux sociaux au "Top Ten" des sujets incontournables en 2008) et que l'application peut, de l'avis général, rapporter un beau volume de business, pourtant, la mise en œuvre ou l'adhésion à un réseau social leur paraît plutôt périlleuse. De l'avis des consultants, on peut craindre tout et n'importe quoi de la part des salariés s'ils sont livrés à eux-mêmes sur ce média ; la situation peut rapidement virer au cauchemar, c'est pourquoi il faut canaliser leurs élans, cadrer, surveiller. Les experts y vont cependant de bon cœur pour montrer les avantages des réseaux sociaux et des technologies collaboratives 2.0 en général, expliquant, entre autres, que la création de richesse se trouve aujourd'hui dans la mise en place de communautés ou d'activités collaboratives (61). Leurs statistiques sont des plus optimistes : IDC annonce un phénomène d'ampleur ; les preneurs de décision qu'il a sondés estiment dans leur majorité que le retard pris par leur entreprise dans l'adoption des technologies web 2.0 devrait être rattrapé dans les six à 18 mois (4, 26). IDC pense d'ailleurs que le marché des applications de réseaux sociaux devrait voir son chiffre multiplié par dix dans les trois ans, et que l'adaptation des offres au monde professionnel devrait notablement soutenir cette croissance (27). Le cabinet estime que la plupart des grands groupes susceptibles de faire appel aux applications de réseaux sociaux s'engageront rapidement dans cette voie car "le réseau social est la nouvelle application de communication que les entreprises se doivent d'utiliser pour gagner en efficacité marketing et opérationnelle" (27). Forrester affirme, lui, dans un récent sondage que 96 % des entreprises interrogées commenceraient à utiliser les technologies web 2.0 et qu'elles y trouveraient de la valeur ajoutée (45). Les cabinets se montrent cependant inquiets dès qu'il est question des usages. Ainsi le Gartner explique que d'ici à 2008, nombre d'entreprises basculeront vers les technologies liées au Web 2.0 mais que la plupart n'adapteront pas leurs modèles économiques sur ces nouvelles pratiques sociales et collaboratives. Ce qui pouvait, selon lui, déboucher sur quelques troubles dans l'écosystème (13). Une autre signe pousse les entreprises à s'interroger sur l'importance croissante prise par les réseaux sociaux : le dynamisme de l'offre et le fait que les grands acteurs du web s'emballent tous autour de ce type d'applications ; les acquisitions de sites se multiplient, les lancements d'applications dédiées se succèdent ; de plus en plus de grandes suites logicielles se dotent de fonctionnalités de réseaux sociaux [ndlr, lire à ce sujet le complément 2 de ce dossier : "Se lancer sur le terrain des réseaux sociaux, un axe stratégique pour beaucoup d'acteurs...?"]. La stratégie des entreprises : du laisser-faire à l'interdiction pure et dure Face à toute cette effervescence, on constate aujourd'hui trois types de comportement chez les entrepreneurs en matière d'adoption des réseaux sociaux : les "oui, pourquoi pas", les "oui, mais sous contrôle", les "non, trop dangereux", sans pouvoir donner pour autant des pourcentages précis de leur répartition, tant les résultats sont divers dans la presse papier et sur le web. Les "oui, allons y" Dans cette catégorie, il y a les entreprises qui surfent sur la vague du web 2.0, affirment avoir fait des réseaux sociaux un outil professionnel et encouragent leurs salariés à s'en servir. Les réseaux sociaux leur semblent idéaux pour communiquer, donner leur avis, recruter, rechercher, améliorer leurs ventes (31). [ndlr : nous vous invitons à lire le complément 1 de ce dossier dressant un panorama des usages possibles des réseaux sociaux dans le cadre de l'entreprise]. On peut citer parmi eux, Aerotek, Microsoft, Shell Oil, Procter & Gamble, General Electric ou encore Google (1/3 de ses salariés auraient leur profil sur Facebook) (38, 43). On trouve aussi dans ce cas de figure les entreprises qui ne saisissent pas très bien les enjeux liés à ces applications mais ne voient pas non plus comment, sans paraître brutales, empêcher leurs salariés de se rendre sur les sites de réseaux sociaux, alors qu'ils le font déjà fort probablement depuis leur domicile (où – il ne faut pas être dupe – ils ont déjà dû fournir quelques informations sur leur société). Cependant ils sont de moins en moins nombreux à laisser faire tout et n'importe quoi. Les "oui, mais" Beaucoup reviennent sur leur position et cherchent à cadrer l'utilisation des réseaux sociaux : Forrester Research annonce que 14 % des entreprises ont déjà pris des mesures disciplinaires à l'encontre de certains salariés qui abusaient, 5 % en auraient déjà renvoyés pour offenses liées au réseau social (43). Le cabinet de consultants explique aussi que plus de la moitié des entreprises ont peu à peu restreint l'accès du réseau social Facebook à leurs salariés ; c'est le cas de Citigroup, Goldman Sachs, JP Morgan, UBS, Lehman Brothers, ou encore de la ville de Toronto... (43). Cela dit, la situation ne leur semble pas définitivement bloquée : "Les pièges de telles applications sont évidents et facilement évitables. Bien managés, les réseaux sociaux peuvent apporter un appel d'air dans la collaboration professionnelle", résume pour elles le cabinet Forrester (43). Le "non, pur et simple" Autre son de cloche chez le spécialiste de la sécurité, Sophos PLC, qui affirme que 43 % des entreprises de son panel bloquent l'accès à Facebook et que 7% n'en autorisent qu'un usage très strict (17, 40). Du point de vue des clients de Sophos, les réseaux sociaux n'auraient pas vraiment leur place dans le contexte de l'entreprise. Le journaliste Gérard Blanc va également dans ce sens sur le site web de Direction Informatique (59), même s'il leur concède certains avantages et un rôle possible en tant que substitut du courrier électronique (de moins en moins fiable). Pourquoi les entreprises se méfient-elles tant ? Les réticences des entreprises sont plutôt simples et logiques à comprendre (43). Ce sont les mêmes grands arguments qui ont été mis en avant lors de l'essor d'Internet et des messageries électroniques (on se demandait alors s'il fallait laisser les salariés surfer depuis leur lieu de travail sans contrôle) ? 1) L'argument numéro un contre les réseaux sociaux : le danger sur la productivité du groupe (17) La productivité des collaborateurs est fortement sur la sellette avec le concept d'entreprise 2.0. "Les réseaux sociaux et toutes leurs extensions représentent le symbole de cette nouvelle forme d'improductivité incontrôlable avec les moyens classiques" constate Rodolphe Helderlé sur le site zdnet et il ajoute : "j'ai comme l'impression que l'entreprise se satisfait parfaitement de la non productivité dès lors que celle-ci est maîtrisée" (2)... Ce qui n'est pas encore le cas pour les réseaux sociaux. Clearswift (spécialiste de la sécurisation de données) crie, lui, au scandale :"plus d'un quart des jeunes collaborateurs passent trois heures, quelquefois davantage, sur des sites web tels que YouTube ou MySpace pendant leur temps de travail..." (14). L'entreprise australienne, SurfControl, avance même des estimations chiffrées sur l'improductivité liée aux réseaux sociaux : elle a évalué à 5 mds de dollars par an, le prix que coûterait aux employeurs de son pays l'utilisation par leurs salariés de sites de réseaux sociaux (39). Son calcul est le suivant : une heure par jour sur Facebook pendant un an coûterait 6,20 $ par salarié, multiplié par 800 000 salariés (nombre de salariés en Australie), on aboutirait à un total de 5 milliards annuel. Ce genre de calcul prouve-t-il seulement quelque chose ? Et ne ressemble-t-il pas à ce que l'on a pu écrire par le passé sur les e-mails, jugés à leurs débuts plus "chronophages" que le téléphone. Participer à des réseaux sociaux prend du temps, mais bien des réunions sont improductives, et la pause "machine à café" ne fait-elle pas perdre du temps ?... Avec le recul, on sait que pour la surveillance des e-mails, la stratégie retenue s'est souvent résumée à une auto-régulation, les directions estimant qu'il y avait plus à gagner qu'à y perdre en ne faisant pas de contrôle (2, 41). En arrivera-t-on aux mêmes conclusions si les réseaux sociaux prennent leur place dans l'entreprise ? Tout le monde d'ailleurs n'est pas d'accord sur la supposée improductivité liée à l'utilisation des réseaux sociaux, on peut lire différents témoignages sur le Net s'accordant à dire que l'Internet participatif accroît fortement la productivité (des grandes organisations notamment en décuplant leur intelligence collective), fait gagner du temps pour récupérer un savoir-faire dans l'entreprise, favorise l'échange de bonnes pratiques (9). Finalement tout reste à prouver. 2) La sécurité du système d'information mise à mal Avec les réseaux sociaux, on entre effectivement dans un "no man's land" avec ceci de particulier : la barrière entre sphère privée et professionnelle y est de plus en plus perméable. Pour résumer, les dangers sont à la fois : - technique : le réseau social est une application de plus qui augmente la surface d'exposition du groupe sur le web. Pourtant, le besoin de se protéger des attaques extérieures est crucial. On a vu que les hackers pouvaient créer leur propre page sur les sites sociaux et y introduire des codes malicieux pouvant infecter les autres inscrits. Le cas a récemment concerné 1 million d'inscrits sur MySpace (45) ; on peut aussi évoquer le problème récurrent de bande passante saturée et de congestion du réseau (1) ; - juridique : la question du droit de la propriété des contenus collectifs est sur la sellette ; on peut se demander aussi qui est responsable de quoi lors de propos diffamants (l'entreprise, le salarié ?)... (20) ; - humain : le comportement humain est étrange : les internautes fournissent sur les réseaux sociaux de nombreuses informations intimes en toute confiance qu'ils refuseraient pourtant de donner dans la rue. Peu de gens ont effectivement conscience du risque qu'ils prennent à diffuser des informations sur les sites de réseaux sociaux et de leur impact direct sur le réseau d'entreprise (1, 17). Mais, pour ce qui concerne la sécurité, ce sont sans doute les craintes en matière de fuite d'informations qui préoccupent le plus les entreprises. Les réseaux sociaux sont en effet considérés comme la nouvelle bête noire en matière de sécurité des informations personnelles. Selon Clearswift, "42 % des employés ayant entre 18 et 29 ans abordent des sujets relatifs à leur travail sur des sites de réseaux sociaux ou sur des blogs". Et Frost & Sullivan affirme "le risque de fuite de données est cette fois plus important qu'avec les courriels parce que n'importe qui peut accéder aux réseaux sociaux" (14). Les cabinets d'études se montrent alarmistes sur le sujet, et en effet, tout atteste que la confidentialité des informations collectées est bien malmenée sur les réseaux sociaux. Le réseau FaceBook ne vient-il pas de donner accès à ses profils au moteur de recherche Google ? La recherche sur certaines des données personnelles qu'il collecte est ainsi ouverte à tous ! On trouve même sur le web aujourd'hui des moteurs de recherche dédiées aux données personnelles (Spock, Wikiyou, Wink...) qui mettent à contribution Wikipédia et les sites de réseaux sociaux comme LinkedIn pour dénicher des informations sur les personnes (55). Toujours plus fort, on va jusqu'à proposer aux internautes, conscients du danger à éparpiller leurs données personnelles sur le web, des armes pour se défendre. Le site ReputationDefender se propose ainsi d'effacer pour eux toute trace des données et informations qu'ils ont pu laisser lors de leur passage sur le web. 3) Communiquer sans suivre les lignes de la communication officielle : un bouleversement sociologique Les réseaux sociaux modifient la façon de travailler dans l'entreprise : ils remettent en question la hiérarchie pyramidale traditionnelle, faisant perdre en partie au management son emprise sur ses équipes. Mais dans un climat de confiance, il apporte aussi beaucoup, puisque les équipes sont alors capables d'échanger et de communiquer autour de l'objectif commun de l'entreprise (8). Si l'entreprise peut voir sa structure chahutée par le fonctionnement que le réseau social induit (travail séquencé, prise de parole plus affirmée et hors hiérarchie, langage peu académique), cela peut aussi se montrer très productif, permet de repérer les talents, de faire remonter certaines connaissances (25). Comme le rappelle un article, intitulé "Le système d'information social, premier levier de l'engagement personnel sur un projet d'entreprise", sur le blog mopsos, les changements majeurs ne proviennent pas seulement de décisions prises en haut. "Bien plus, les outils sociaux sur Internet ont engendré de nouveaux modes de changement par le bas...Via les outils de réseaux sociaux, des liens s'établissent directement entre des personnes issues d'organisations différentes aux quatre coins du monde, et les réseaux d'influence se reconfigurent. Grâce aux espaces de collaboration virtuels, des communautés d'enseignement et de renseignement s'auto-organisent autour d'un métier ou d'une offre, des équipes se créent et se structurent sur des projets nouveaux nés à leur initiative" (32). Pour l'auteur de ce blog, pas de doute : les réseaux sociaux sont les plus puissants catalyseurs d'énergie collective. 4) faut-il mettre le social au cœur de son processus ? Certains expliquent que les réseaux sociaux sont une fuite par le web des salariés désespérément à la recherche d'un regard qui les valorise dans l'entreprise (3). Pourquoi ne pas chercher à réintroduire ces salariés dans l'espace professionnel en reprenant en interne ces nouvelles pratiques sociales qui leur permettent de se sentir valorisés. "L'avantage pour l'entreprise : créer des relations plus fortes entre ses salariés et diminuer leur envie de balades sur les blogs et autres Myspace, extérieurs à l'entreprise, à la recherche d'un peu de considération humaine !" (3). Fred Cavazza résume fort à propos la situation : "C'est très certainement dans la dimension sociale d'une entreprise que l'on peut réaliser les plus gros progrès. Les grands groupes (ou même les PME) souffrent en effet d'un manque de... gens qui parlent entre eux ! Pour faire court : les mêmes tâches sont réalisées par plusieurs personnes d'une même structure. C'est là où les réseaux sociaux trouvent leur place : mettre en relation les bonnes personnes, que ce soit pour récupérer une information, pour mutualiser des compétences ou pour monter des équipes (30). Ces avantages ne peuvent faire oublier, nuancent plusieurs journalistes dans Datamation, qu'installer une telle solution n'est pas une évolution naturelle pour tous les collaborateurs. Le réseau social peut être à l'origine d'un clash culturel entre les employés : face à face travailleur 2.0 et salarié traditionnel, ou face à face entreprise 2.0 et clients qui n'appartiennent pas tous à la génération Internet et peuvent se demander s'il ne s'agit pas là d'un habile stratagème visant à remplacer le service client ... (48, 49). 5) le spectre de l'hypersurveillance peut créer un malaise... Sur les réseaux sociaux, l'employeur peut être tenté d'exercer une surveillance de ce que disent les salariés sur eux-mêmes et sur leur entreprise (9). Surveillance qui peut entraîner de possibles dérives. Jacques Attali nous prédit d'ailleurs dans son dernier essai "une brève histoire de l'avenir", l'avènement d'une société "d'hypersurveillance" où les entreprises collecteront toutes les données concernant leurs employés grâce aux outils technologiques dont ceux-ci sont équipés. (9) Dans ce contexte, les salariés seront-ils prêts encore longtemps à jouer le jeu et à fournir des informations "sincères" sur les réseaux sociaux alors qu'ils se sentent sous l'œil de "Big Brother" ? 6) les risques en termes d'image ne sont pas négligeables Communiquer via les réseaux sociaux externes est une activité encore mal maîtrisée. Rappelons que certains s'y sont déjà cassés les dents. Ainsi, Wal Mart a lancé une application appelée "roomate style match" sur Facebook et a récolté par cette opération, les commentaires - pas toujours positifs - de nombreux utilisateurs sur son groupe. Même chose pour HSBC aux USA qui, à la suite d'une augmentation de tarif de ses services envers les étudiants, a vu une fronde s'organiser sur Facebook avec plus de 5000 inscriptions à un groupe dédié demandant l'annulation de l'augmentation de tarif... HSBC a capitulé (35). 7) face à une offre hétéroclite, quel réseau social choisir ? - premier constat : tous les réseaux sociaux ne se valent pas D'après Rob Leathern, Directeur Marketing du réseau LinkedIn, "la probabilité que l'une de vos demandes atteigne son objectif dépend de la confiance qui vous unit à vos contacts, de la confiance qui unit ces derniers aux leurs, et ainsi de suite". Autrement dit, tous les réseaux ne se valent pas : il convient de sélectionner avec soin les personnes que l'on invite à rejoindre son groupe de contacts directs (6). Certains réseaux sont peu actifs, d'autres chronophages... (35). Il faut bien choisir. - les solutions manquent de maturité et ne sont pas encore interopérables Pour l'heure, les réseaux type Facebook sont plutôt fermés au monde extérieur (44) et ne sont pas intéropérables entre eux. Mais les internautes protestent et n'ont pas envie de multiplier la saisie de leur profil sur les différents réseaux. C'est un sujet qui préoccupe les grands réseaux sociaux. Ils travaillent apparemment d'arrache-pied sur le sujet, mais il faudra encore du temps avant de trouver la meilleure solution. Aujourd'hui, Facebook cherche à multiplier les services lui permettant d'être accessible depuis d'autres applications et services web (44). Il affirme, comme d'autres réseaux, qu'il est déjà possible de poster du contenu vers plusieurs réseaux en même temps à condition que l'expéditeur ait déjà des profils actifs. - réseau installé à l'intérieur ou à l'extérieur du firewall ? Deux approches distinctes Tous les éléments qui viennent d'être exposés font que, pour beaucoup d'entreprises, se servir d'un réseau social ouvert fait peur. L'employeur n'a en effet aucun contrôle sur ce qui se passe à l'extérieur de son firewall. Pourquoi ne pas installer alors son propre réseau social interne, plus facile à protéger des dangers qui le menacent et plus facile à surveiller (43) ? Mais parle-t-on tout à fait de la même chose. A l'intérieur d'un firewall, toutes les offres ne suivent pas l'approche des réseaux ouverts comme Facebook et LinkedIn (43). S'il est externe, un réseau social professionnel, BtoB ou EtoE, sert à mettre des personnes en relation (pour trouver de nouveaux clients, établir des partenariats commerciaux ou stratégiques), augmenter sa visibilité professionnelle (vitrine), renforcer son réseau de relation existant (collègues, anciennes connaissances, affinités professionnelles), trouver un emploi. Les réseaux sociaux en ligne comme LinkedIn, OpenBC, Viaduc (devenu Viadeo) ou 6nergies ont ainsi acquis la faveur des TPE et des PME du fait de la richesse de leurs contacts ; ils s'en servent pour trouver des projets, des fournisseurs ou prospecter des clients (33). Ces réseaux sociaux ouverts sont accessibles à énormément de personnes, avec tous les risques que cela comporte, mais ils sont aussi un tremplin pour créer du business derrière le réseau (43). En interne, l'usage est différent : ce ne sont plus les relations commerciales qui priment mais le réseau de relation entre salariés. Le réseau social interne est une application collaborative qui aide à mieux échanger et à mieux se connaître au sein de l'entreprise (clients, partenaires, fournisseurs), sans trop de formalisme (4). Des réseaux internes, comme par exemple SelectMinds ou Leverage Software (53), sont des réseaux sociaux fermés, accessibles seulement aux salariés et aux autres collaborateurs bénéficiant d'identifiants et de mots de passe. Le contexte est davantage sécurisé (43). Ils reposent sur des profils de collaborateurs extrêmement détaillés qui permettent de rassembler des collaborateurs par compétences/affinités. Frédéric Cavazza explique sur son blog qu'il est possible d'étendre ce réseau social d'entreprise aux anciens collaborateurs : retraités, stagiaires, prestataires... pour pouvoir rapidement retrouver une compétence ou une information perdue (30). Aujourd'hui, certaines applications de réseau social interne connaissent déjà un succès d'estime : ainsi, chez Dassault, groupe qui a installé la suite de logiciels collaboratifs (contenant un réseau social) de BlueKiwi, le réseau social remporte un réel succès ; son utilisation serait supérieure à celle de l'intranet de l'entreprise (56). Les entreprises ont-elles vraiment la possibilité de refuser l'arrivée des réseaux sociaux ? Finalement, les employeurs, dès lors qu'ils s'intéressent au phénomène "réseaux sociaux", sont relativement bien sensibilisés par les médias aux risques qu'ils encourent en permettant l'utilisation de tels outils dans le cadre de l'entreprise. Le choix de les interdire ou de les accepter dans le cadre professionnel n'en reste pas moins une question épineuse (39), d'autant que les deux points suivants peuvent pousser à se monter conciliants : Les réseaux sociaux sont plébiscités par les jeunes générations Sans que les employeurs en aient conscience, les pratiques dites "d'entreprise 2.0" sont peut-être déjà en cours au sein de leur organisation. Il est par exemple quasiment certain que plusieurs de leurs salariés ont déjà créé leur profil sur un réseau social (37, 38). Ces pratiques sont pour le moment restreintes à une petite part des collaborateurs (ceux qui sont le plus à l'aise avec l'Internet), mais qu'en sera-t-il dans cinq ans, quand les nouveaux diplômés de la génération MySpace et YouTube arriveront sur le marché du travail ? Aujourd'hui, la popularité des réseaux sociaux auprès des futures générations de salariés est visiblement énorme. Aux USA, les jeunes, lorsqu'ils travaillent sur des documents, affirment même préférer l'utilisation de Facebook à la messagerie électronique (4). Ces futurs jeunes salariés vont vouloir utiliser dans le cadre professionnel leurs applications favorites, celles qui font partie de leur vie sociale, et vont sans doute pousser les entreprises à adopter les technologies 2.0 (7). Modifier les outils et habitudes de travail est un chantier important, surtout dans une grosse organisation. Sur son blog, Frédéric Cavazza explique donc qu'il est essentiel d'entamer dès à présent une réflexion de fond sur l'émergence de l'entreprise 2.0 avant que les salariés de demain "ne fuient votre entreprise (car ils la trouveront trop ringarde) pour postuler chez vos concurrents" (30). Des salariés qui demandent à collaborer et à communiquer ! Les réseaux sociaux ne seraient-ils pas une réelle opportunité ! Cette fois, ce ne sont pas les outils qui tirent la collaboration, mais plutôt les utilisateurs. Frédéric Cavazza le commente comme suit, "s'il est possible de faire de la très bonne collaboration avec une simple feuille de papier, il est quasi-impossible d'en faire de même avec des collaborateurs récalcitrants ou méfiants (même avec les meilleurs outils du marché)" (30). Les entreprises peuvent dès lors être tentées de jouer le jeu de leurs salariés en cherchant à faire une force de leur engouement pour les réseaux sociaux plutôt qu'une faiblesse. En route pour un déploiement raisonné ! Dans ces conditions, la direction générale peut souhaiter donner l'impulsion suffisante pour permettre un déploiement raisonné des réseaux sociaux tout en encadrant son usage. Sophos conseille de livrer des conseils d'utilisation et de donner une rapide formation aux salariés pour les mettre en garde contre les risques de fuites de données personnelles ou corporate (40). En Grande-Bretagne, la fédération syndicale TUC (Trade Union Congress) qui prône un accès raisonnable et responsable aux réseaux sociaux, sans compromettre la réputation de l'entreprise (7), a même mis au point une "Charte d'utilisation des réseaux sociaux en entreprise". L'idée est de mettre en place une politique de bonne conduite plutôt que de punir (17). Une démarche qui pourrait servir d'exemple... Finalement, accepter les réseaux sociaux dans l'entreprise, le jeu en vaut-il la chandelle ? Aujourd'hui l'entreprise 2.0 est loin d'être une réalité ; il s'agit encore d'un concept un peu flou qui intrigue suffisamment pour remplir les salles de conférences et les séminaires. On se demande pourtant si l'essor des réseaux sociaux (interne et externe), nouvelle pratique de collaboration et de partage par excellence, ne va pas lui donner un certain poids, d'autant, ne l'oublions pas, que les réseaux sociaux semblent plébiscités par les utilisateurs. S'il est fort probable que dans le futur, chaque professionnel aura son profil en ligne, on peut aussi supposer que l'innovation en matière de réseau social va persévérer et que de nombreuses applications liées à des besoins professionnels vont émerger. Les réseaux sociaux pourraient aussi donner un peu plus de consistance à une autre grande idée forte du moment, celle qui prétend que l'entreprise du 21e siècle doit fonctionner en réseau. Comme on peut le lire sur le blog mopsos : "bien appropriée par le management, cette capacité nouvelle d'organisation des réseaux se révèle être un prodigieux outil de mise en mouvement de l'entreprise. Ignorée ou dédaignée, elle peut avoir les effets exactement inverses et accélérer son désagrégement. Aujourd'hui, un bon manager se révèle bien plus dans sa capacité à susciter une collaboration planétaire au service d'un projet que dans la fixation d'objectifs et l'allocation des ressources sur un périmètre restreint" (32). Gartner va dans le même sens en expliquant que l'élargissement du champ de la collaboration et l'adoption d'outils d'interactions sociales sont des facteurs prépondérants pour l'innovation des entreprises. Il prévoit que d'ici 2009, six projets sur dix liés aux TI incluront la collaboration des fournisseurs, des partenaires, voire des clients (61). Autant dire que les réseaux sociaux pourraient être amenés à jouer un rôle capital dans cette nouvelle approche collaborative. - 20 novembre 2007 – Tous droits réservés - © documental - Pour faire un tour complet du sujet (regard panoramique oblige), il est indispensable de lire ou au moins de survoler les compléments présentés ci-dessous : SOMMAIRE DES COMPLEMENTS Complément 1/4 : l'ABC du réseau social « cliquer ici » Complément 2/4 : Se lancer sur le terrain des réseaux sociaux, un axe stratégique pour beaucoup d'acteurs... ? « cliquer ici » Complément 3/4 : Réseaux sociaux mobiles : Twitter va-t-il s'imposer ? « cliquer ici » Complément 4/4 : bibliographie « cliquer ici »
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