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Le papier électronique, sous ses multiples appellations (encre électronique, e-paper, e-papier, papiel ... ), est une révolution qui nous vient de l'Asie. Dans des pays comme la Chine ou le Japon, il fait déjà partie des réalités. Cette technologie fait tout juste son entrée en occident. Depuis deux ou trois ans, le domaine fait preuve d'une grande vitalité : les innovations fusent, les expérimentations se multiplient. Si le papier électronique promet de nouveaux usages innovants, il devrait apporter aussi d'importants bouleversements : lira-t-on et consommera-t-on l'information comme avant ? Quels seront ses impacts sur des secteurs comme la presse et l'édition ? Comment sera-t-il reçu par le public ? Celui-ci est-il prêt à abandonner le papier physique ? L'adoption du papier électronique viendra-t-il d'une réelle adhésion du public ou d'une pure nécessité économique et environnementale ? Le papier électronique va-t-il entrer de plain-pied dans notre quotidien ? Une nouvelle interface qui ne manque ni d'ambition, ni d'atouts Le papier électronique a pour ambition de créer un nouveau support d'affichage qui revêt toutes les qualités du papier classique et qui pallie en même temps un grand nombre d'inconvénients des écrans (rigides, lourds, chers, dépendants d'une alimentation électrique...). Mettre au point une interface imitant l'apparence d'une feuille imprimée et offrant la même facilité et le même plaisir de lecture, ce n'est pas une mince affaire ! Il s'agit même d'un véritable défi à relever. En effet, pour mériter son appellation, le papier électronique doit être léger, fin (moins d'1 mm d'épaisseur) et suffisamment souple pour être roulé. Son affichage doit rester lisible dans des luminosités ambiantes variées, quel que soit l'angle de vision de l'utilisateur (1). Un papier électronique doit aussi pouvoir afficher du texte et des images indéfiniment, sans consommer d'énergie, que ce soit pour l'affichage ou pour un éventuel système de traitement des données, et permettre le changement de ce qu'il affiche. Pour garder intact le contenu en l'absence de source d'énergie, les pixels du système doivent de ce fait posséder plusieurs états distincts stables (d'où également l'appellation d'affichage bistable) (2). Grâce à de telles prouesses, cette nouvelle interface offre de nombreux avantages : un confort de lecture certain, une grande autonomie du fait de sa faible consommation énergétique, une importante variété des modes d'alimentation en contenus, leur actualisation en temps réel, une information accessible n'importe où, n'importe quand ; l'e-papier est par ailleurs compact, doté de fonctions cognitives et il permet de réduire l'utilisation du papier classique... [ voir complément 2 : des atouts certains, mais encore des freins à lever ]. De multiples débouchés au quotidien Les idées pour valoriser le concept de l'e-papier ne manquent pas et celui-ci devrait trouver des usages dans de nombreux secteurs : communication, enseignement, formation, presse, santé, transports, industrie, distribution... Ce nouveau support d'affichage va se décliner sous de multiples formes, dont trois principales : - le lecteur générique (support de lecture comparable au fameux "ebook" qui a connu l'échec que l'on sait) - le papier contenu (feuille de plastique semi flexible ou encore plus souple, assortie d'un dispositif de transmission et de lecture de contenus), - le papier électronique vierge (destiné à remplacer le papier d'entreprise ou encore à constituer le matériau principal d'un nouveau type d'affichage commercial) (3). L'utilisation du papier électronique sur des tablettes de lecture électroniques de petit format (e-readers) se montre très prometteuse. La lecture est tout naturellement le premier débouché auquel on pense lorsqu'on évoque le papier électronique, en particulier dans le domaine de la presse où l'on assiste à un foisonnement d'initiatives (4). De nombreux journaux se sont lancés dans l'aventure : le Seattle Post Intelligencer, le New York Times, USA Today, le quotidien économique japonais Nikkeï et, en Chine, le Liberation Daily, le Yantai Daily, le Ningbo Daily... En Europe, le quotidien flamand de Tijd a été le premier à tester une diffusion électronique sur le lecteur Iliad produit par iRex (ex-Philips) (4, 5). Le quotidien français Les Echos a lancé en mai dernier une édition en e-papier. Les quotidiens néerlandais De Volkskrant et NRC Handelsblad comptent également sauter le pas (5). Mais le papier électronique va également émerger sur d'autres supports. En effet, l'encre électronique permettra à n'importe quelle surface de devenir un support d'affichage. Le papier électronique pourra ainsi faire son apparition dans l'habillement, l'étiquetage et les emballages (qui deviendront intelligents), les objets ménagers et les produits de consommation courante (affichage d'informations, de publicités, conseils ou précautions d'emploi ...). Il pourra s'implanter sur les cartes bancaires (affichage de son état de compte en temps réel, génération de mots de passe temporaires...), les téléphones mobiles (qui pourront déployer des écrans de lecture annexes), les jouets et dispositifs pédagogiques, les tickets électroniques, les murs des maisons (pour devenir du papier peint animé)... Il pourra également remplacer le papier traditionnel pour les partitions de musique, les menus au restaurant, les cartes routières... (4, 6). Le décollage tant attendu va-t-il enfin se produire ? Le concept de l'e-papier remonte à trente ans. Malgré ses perspectives prometteuses, il n'a jamais réussi à s'imposer. Alors que, depuis des décennies, on nous annonce la mort du papier grâce à la bureautique, au livre électronique, aux écrans plats et autres avatars... le papier traditionnel résiste. Pis, avec l'avènement d'Internet qui met à notre disposition une multitude d'informations, on n'a jamais autant consommé de papier (6). Cependant, grâce aux progrès conséquents réalisés dernièrement, l'e-papier acquiert enfin ses lettres de noblesse. Plusieurs indices semblent indiquer que tout est prêt pour qu'il entre et s'installe durablement dans notre vie quotidienne [ voir complément 1 : 2007, année de l'e-papier ?]. Mais cela ne se fera pas sans quelques bouleversements. Des impacts multisecteurs : la presse et l'édition, l'éducation, l'entreprise... En associant mobilité et confort à la lecture électronique l'e-papier va venir bousculer nos façons de lire et de consommer de l'information. On peut s'attendre à des répercussions significatives tant sur les métiers de l'information, l'emploi et l'environnement. La presse écrite et l'édition risquent d'être parmi les secteurs les plus touchés mais les impacts seront également importants dans le domaine de l'éducation et de l'entreprise. Presse écrite : l'e-paper, planche de salut ou planche savonneuse ? Les écrans souples vont-ils révolutionner la presse écrite ? Les groupes de presse se montrent peu bavards à ce sujet. Néanmoins, un certain nombre d'entre eux se préparent à cette nouveauté en toute discrétion, pour ne pas passer à côté, si une révolution devait se produire (7). Un intérêt économique certain David Renard, auteur du livre "The last magazine" est persuadé que, sous la pression économique, les éditeurs de presse vont passer à l'édition électronique et que la majorité des magazines tels que nous les connaissons aujourd'hui, sont en train de disparaître (8). En effet, les éditeurs, confrontés à la baisse des abonnements, à celle des recettes publicitaires et en même temps à l'augmentation des coûts de production, pourraient trouver dans le papier électronique une source d'économies substantielles, même en subventionnant les tablettes de lecture des abonnés (les coûts d'approvisionnement en papier, d'impression et de distribution représentent entre 45 % et 75 % des dépenses des titres) (4, 9, 10). Une nouvelle façon de lire et de consommer Le numérique a transformé nos habitudes de lecture et de consommation. Etre informé ne prend plus la même signification qu'autrefois où "engranger, collecter, archiver un nombre important d'informations était un acte valorisé. Aujourd'hui, un jeune se considère "informé" s'il est capable d'aller chercher l'information [...] et retenir juste ce dont il a besoin. Peu importe s'il manque quelque chose, il sait qu'il pourra le récupérer plus tard" (11). Robert Cauthorn, pionnier de l'information en ligne, estime "qu'il est improbable qu'un adolescent d'aujourd'hui, de la génération des "digital natives", nés avec Internet, lise à 30 ans un journal quotidien imprimé... Les journaux imprimés deviendront anachroniques quand seront disponibles tout à la fois des écrans de haute qualité, peu chers, et des réseaux sans fil généralisés à haut débit. Cela devrait arriver dans moins de cinq ans aux Etats-Unis" (11). Pour lui, l'ère où l'on achetait son quotidien sept jours sur sept est révolue. A l'avenir, les journaux imprimés espaceront leurs parutions et offriront parallèlement de l'information sur Internet ou d'autre supports numériques non seulement sept jours sur sept mais aussi vingt-quatre heures sur vingt-quatre. On peut donc s'attendre, comme le pense Bruno Rives (fondateur de Tebaldo, observatoire des tendances et usages des nouvelles technologies), à se retrouver dorénavant face à des consommateurs zappeurs qui iront chercher de l'information à la demande à partir de différents supports. Il nous prédit "une information de plus en plus fragmentée et thématique en fonction des types de lecteurs" (7). Une opportunité pour la presse ? Bruno Rives voit dans ces évolutions une opportunité pour la presse de séduire de nouveaux lecteurs et de reconquérir ceux qui se sont tournés vers les gratuits. Mais pour s'adapter aux changements de comportement des consommateurs, les médias vont devoir repenser leur ligne éditoriale et se doter de nouveaux outils, méthodes et systèmes pour fournir des produits et de l'information 24/24, 7/7 sur tout type de canaux (papier, Internet, TV, ...) et de supports (e-paper, les blogs, le podcasting, le téléphone mobile...) (12). L'arrivée du papier numérique va-t-elle accélérer la convergence entre presse écrite et presse en ligne ? Pour Danièle Attias, consultante pour Greenwich Consulting, les différents supports vont cohabiter : "en général, un nouveau média s'ajoute aux précédents et je pense que le papier numérique sera un troisième support, après le papier et le web, pour de nombreux titres de presse écrite". A la presse de tirer parti de ce nouveau support : "l'arrivée du papier numérique pourrait améliorer la rentabilité des titres gratuits comme 20 Minutes et Metro mais également présenter de nouvelles opportunités pour les titres payants. Comme pour les opérateurs cellulaires avec les téléphones mobiles, la perspective de vendre des abonnements pourrait pousser les groupes de presse à subventionner les terminaux de lecture" ajoute-t-elle (13). Un profond changement culturel dans les groupes médias L'e-papier permet de se libérer de l'écran d'ordinateur, la lecture électronique devient ainsi réellement nomade. Pour faire face à cette évolution, une vingtaine de journaux se sont réunis sous la houlette de l'Ifra (association de presse internationale) et planchent sur les implications économiques, organisationnelles et rédactionnelles de l'arrivée de la lecture électronique mobile. De son côté, le centre Newsplex de l'université américaine de South Carolina réfléchit aux nouveaux rôles et fonctions d'un journal qui devra publier, avec des moyens électroniques, de l'information vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept (11). Ces évolutions impliquent un profond changement culturel dans les groupes médias. "Pour survivre, les journaux doivent inverser cette pyramide des valeurs et donner plus de poids aux gens qui apportent créativité et valeur ajoutée", expliquent Laure Belot et Pascale Santi dans Le Monde (11). Une impérative évolution des contenus Les groupes médias ne parviendront à bien négocier ce virage qu'à la seule condition de prendre en compte le lecteur et de repenser fortement les contenus. Le lecteur sera "demandeur d'une plus grande richesse éditoriale et ne se contentera pas du seul journal. Le contenu doit s'enrichir de données encyclopédiques, de graphiques, etc", suggère Bruno Rives. C'est en grande partie en raison de cette exigence que l'expérience du quotidien belge De Tidj s'est arrêtée, "sa version étant basée sur une reprise à l'identique du journal en format e-paper, sans prendre en compte les spécificités de la machine", explique Philippe Jannet, directeur technique des éditions électroniques des Echos (14). Le quotidien économique français a d'ailleurs bien pris garde de ne pas commettre la même erreur lorsqu'il a lancé son édition en e-papier en mai dernier [ voir complément 1 : 2007, année de l'e-papier ? ]. Les journaux devront abandonner l'information généraliste pour une information concise et pertinente livrée à la demande (aujourd'hui déjà, il faut le souligner, les gens ont tendance à ne lire que les titres). Robert Cauthorn insiste bien : "Le contenu de ces journaux papier sera plus contextualisé, ressemblant aux magazines actuels : les scoops ou l'information chaude auront été donnés en numérique" (11). Edition, des modèles économiques à recréer De son côté, le monde de l'édition connaît un certain nombre de préoccupations identiques à celles de la presse : faire baisser ses coûts de production dans lesquels le papier, l'impression et la distribution pèsent le même poids que pour la presse ; adapter ses contenus à ce nouveau support (les contenus électroniques se montrent plus appropriés aux guides pratiques, manuels techniques, encyclopédies, etc. alors que les contenus papier s'adressent plutôt aux œuvres littéraires) ; maintenir ses ventes alors que les bibliothèques virtuelles dotées d'outils de recherche intelligents donnent un accès facile à des mines d'informations et rendent moins nécessaires les achats d'ouvrages (15). Vendre des livres sous forme numérique va nécessiter de renégocier les droits dans les contrats avec les auteurs (et les intérêts des éditeurs et des auteurs ne convergent pas forcément). Amazon pourrait servir d'aiguillon dans ces discussions. Le libraire en ligne a en effet pour projet de permettre au public d'acquérir un livre aussi bien sous sa forme physique qu'électronique et de tester la vente de pages ou de chapitres à l'unité (ce qui pourrait révolutionner la consommation de certains types d'ouvrages : livres de cuisine, de bricolage, encyclopédies par exemple). Pour l'heure, les éditeurs préfèrent attendre d'être sortis du flou juridique. La cacophonie autour de la transposition en droit français de la directive droit d'auteur-droit voisin, ne les incite pas à innover dans ce domaine (15). Education, le grand bond en avant chinois Le papier électronique va tout naturellement trouver sa place dans le monde de l'enseignement où il va avantageusement remplacer le tableau noir. Le tableau électronique pourra s'utiliser de façon traditionnelle (en permettant en plus de sauvegarder les textes et les dessins), mais aussi comme espace interactif et collaboratif (16). Lorsque le papier électronique inclura le son, il sera également possible de l'utiliser pour l'apprentissage de la lecture ou des langues vivantes (17). Concernant le secteur de l'éducation, il est intéressant de se tourner vers la Chine qui depuis quelques années joue les pionniers dans ce domaine. Dans l'empire du milieu, le papier électronique a déjà commencé à être utilisé et des projets de déploiement à grande échelle sont prévus. D'après une étude du Centre chinois de l'information sur Internet, depuis six ans, la lecture de contenus numérisés est passée de 3,7% de la population à 27,8% (18). La presse écrite participe activement à cette nouvelle aventure du papier électronique et plusieurs journaux chinois commencent à distribuer des e-lecteurs à leur clientèle. Mais l'implantation massive de la lecture numérisée touche d'abord le réseau scolaire chinois. En s'appuyant sur Founder, une société créée par l'université de Beijing, le ministère de l'éducation a entrepris d'offrir des e-lecteurs aux étudiants chinois. Cette initiative du gouvernement a d'abord été motivée par la difficulté de plus en plus grande de s'approvisionner en papier traditionnel (18, 19). Les réseaux de libraires chinois participent également à cette émergence (18, 19). Près de 400 éditeurs chinois proposent aujourd'hui leurs ouvrages au format électronique, parfois en association directe avec une version papier. Et plusieurs centaines de milliers de titres sont déjà disponibles (4). En 2004, le nombre d'exemplaires vendus avait ainsi atteint le chiffre de 8,05 millions, pour un lectorat estimé à 10 millions de personnes. Ces livres sont souvent lus sur ordinateurs, mais également de plus en plus sur des tablettes électroniques qui, pour les plus récentes d'entre elles, sont équipées de papier électronique (4). L'entreprise, un terrain propice pour les premières applications Les premiers débouchés du papier électronique dans les entreprises sont attendus notamment dans le domaine des documentations techniques et des formulaires : constructeurs et industriels pourront ainsi facilement accéder aux documents de maintenance, les agences immobilières pourront recourir au papier électronique pour les états des lieux ou les contrats des syndics, les avocats pourront éviter d'avoir à transporter des dossiers volumineux. Un e-book peut en effet embarquer de 7 000 à 10 000 pages de textes en divers formats, plus des fichiers vidéos ou audio. Autre avantage non négligeable en ce qui concerne les documents d'entreprise : ceux-ci ne posent pas de problème de gestion des droits (ce qui freine de leur côté les expérimentations grand public) (20). Le papier électronique a également toutes les chances de réinventer le paper board dans les salles de réunion (21). Sous forme de papier électronique vierge, il pourra remplacer le papier d'entreprise ou encore constituer le matériau principal d'un nouveau type d'affichage commercial (19). Le public aura-t-il un coup de cœur pour l'e-papier ? Aussi séduisante que soit la technologie, il va falloir que le public adhère à ce nouveau mode d'accès aux documents. Pour qu'il conjugue son avenir avec succès, il va donc lui falloir développer des usages innovants et des contenus pertinents. L'e-papier sur les traces de l'iPod ? Avec son iPod, Apple a démontré que des millions de gens étaient prêts à emmener partout avec eux un dispositif contenant leurs titres favoris. Après la musique, pourquoi pas les livres ? Il est vrai que les fabricants de livres électroniques ne sont pas parvenus à égaler la "magic touch" d'Apple. Néanmoins, la technologie, les contenus et le comportement des consommateurs laissent à penser qu'après de multiples faux-départs, il devrait finir par percer prochainement. Sony est sur le sentier de la guerre, d'autres fabricants sont sur les rangs. Ainsi, en Chine, Jinke veut vendre ses lecteurs au secteur de l'éducation ainsi qu'à d'autres marchés (22). Mais pour que les e-readers deviennent, comme les enthousiastes l'imaginent, des "iPods de l'écrit", il faudra qu'ils deviennent souples et bon marché, qu'ils aient des formats compatibles entre eux et des contenus qui peuvent s'échanger. Il nous faudra aussi changer profondément nos habitudes et nos comportements. Le consultant Internet Dominique Van-Den-Abbeel en est certain, l'expansion du contenu au format papier électronique “natif” n'aura lieu que si l'on cesse "la pratique encore courante qui consiste à "imprimer Internet" pour ne pas avoir à lire à l'écran". Pour lui, vendre le papier électronique comme une nouvelle interface venant à la suite des mobiles, PDA, laptops et ultra-portables, pourrait l'aider à trouver son marché (23). "Réussir l'alchimie du livre papier " Mais les lecteurs sont-ils prêts à troquer leurs livres "papier" contre une tablette numérique ? Pour Patrick Bazin, Directeur de la Bibliothèque Municipale de Lyon, "l'échec du e-book première version a bien montré que la problématique du livre ne se ramenait pas à celle d'un support, à la différence de celle du disque ou de la vidéo, qui n'ont mis que quelques mois à migrer vers le CD-audio et le DVD". Et il poursuit : "changer de support ou de canal de diffusion ne modifie qu'à la marge la réception de la musique, laquelle reste largement indépendante de ses vecteurs. En revanche, le livre est beaucoup plus que le simple support d'un texte désincarné se suffisant à lui-même. C'est aussi l'instigateur d'une expérience unique, irréductible au décryptage d'une chaîne de caractères". Il pose alors la question : "Y aura-t-il encore un sens à vouloir reproduire une telle expérience dans l'ordre numérique ?" (24). Il ne faut pas s'attendre à des réactions mitigées. Les uns se rallieront sans réserve aux tablettes de lecture numériques, attirés par leur nouveauté et séduits par leurs avantages par rapport au livre papier : la possibilité d'emporter de nombreux ouvrages pour un encombrement réduit, les bénéfices d'un dictionnaire intégré, la possibilité d'adapter la taille des caractères en fonction de sa vue... Les autres conserveront leur attachement au papier traditionnel, préférant le charme d'un livre papier que l'on peut feuilleter, manipuler, corner, annoter, prêter... (4). "C'est un peu l'enjeu qui se trame avec le livre électronique : il faut réussir l'alchimie du livre papier, tout faire pour que ce support soit lui aussi perçu comme un véritable objet de lecture, et non comme un outil informatique", note Bruno Rives de l'observatoire Tebaldo. "Cela passe parfois par des petits détails : la présence d'une couverture, ou encore d'une marge blanche à gauche du texte..." (4). "Lecture besoin" ou "lecture choisie" ? "La plupart des professionnels de l'édition sont convaincus que le support numérique supplantera bientôt le livre pour la "lecture besoin" (recherche, documentation...), le livre papier résistera pour la "lecture choisie" (loisirs, confort...)", peut-on lire sur le blog de Philippe Limantour (directeur délégué de Resadia) (10). Et, en effet, la plupart des gens achètent des ebooks pour des besoins d'information et de formation, pas pour leurs loisirs. Ouvrages techniques, guides pratiques et autres livres n'appartenant pas au domaine de la fiction se taillent aujourd'hui la part du lion (seul 20 % des ebooks vendus en ligne relèvent du domaine de la littérature) (25). Les contenus, la clé de l'essor du papier électronique Il reste que si l'e-papier veut connaître le succès et prétendre au bel avenir qu'on lui promet, il doit satisfaire à une condition impérative : proposer des contenus pertinents qui lui assureront une adoption massive par le public. C'est là que les choses pourraient se gâter. Aujourd'hui, en matière de papier électronique on se préoccupe davantage du contenant que des contenus. Ce que déplore Cédric Diridollou (auteur du blog "champs numériques" qui s'intéresse, en particulier, au domaine de l'édition numérique et des biens culturels dits "dématérialisés" ou encore numériques) : "Tout comme à l'époque pionnière de la fin des années 90, on se concentre sur l'aspect hardware de l'édition numérique ... au détriment de l'essentiel. L'essentiel, c'est la valeur que pourrait retirer les futurs lecteurs de l'utilisation de ces petits bijoux (?) de haute technologie. Sans une richesse de contenus disponibles et, plus important, sans une proposition de services adaptés à la nouvelle donne du numérique, le papier électronique risque de connaître les mêmes affres que son grand frère "ebook" au moment d'accoster la citadelle du livre" (26). Et d'expliquer qu'il faudra l'habiller de services (qui restent à inventer) adaptés à cette nouvelle donne. L'accès au contenu n'est pas simplement synonyme de mise à disposition, mais de mise en relation avec des contenus pertinents, mise en relation entre lecteurs-prescripteurs, mise en relation entre co-producteurs de contenus. "La création d'un marché de l'édition numérique devra passer par la collaboration et l'esprit d'ouverture entre les différents acteurs économiques et leur future clientèle. Elle passera aussi par l'abandon d'anciens modèles d'affaires qui ne peuvent manifestement pas être transposés à l'environnement numérique", poursuit-il. Somme toute, il ne faut pas prendre les lecteurs pour des consommateurs. C'est peut-être de là que viendra la vraie révolution, plutôt que de la technologie elle-même. On l'a vu avec l'exemple de la Chine, le recours à l'e-papier est grandement motivé par des considérations économiques et environnementales. En sera-t-il de même dans les autres pays ? L'adoption de l'e-papier sera-t-elle plus l'objet d'un choix raisonné afin de répondre à une nécessité que liée à l'adhésion d'un public convaincu par les attraits de la technologie ? - 26 juillet 2007 – Tous droits réservés - © documental - Pour faire un tour complet du sujet (regard panoramique oblige), il est indispensable de lire ou au moins de survoler les deux compléments présentés ci-dessous : SOMMAIRE DES COMPLEMENTS Complément 1/6 : 2007, année de l'e-papier ? « cliquer ici » Complément 2/6 : Des atouts certains, mais encore des freins à lever « cliquer ici » Complément 3/6 : Environnement et écologie : un bilan plutôt favorable, mais à nuancer « cliquer ici » Complément 4/6 : Acteurs, marché : l'Asie en tête de pont « cliquer ici » Complément 5/6 : Des technologies innovantes à foison « cliquer ici » Complément 6/6 : Bibliographie « cliquer ici »
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