|
|
 |
|
|
 |
Le « prêté pour un rendu », nouveau modèle PHILANTHROPIQUE ?
|
|
L'idée, le fait :
Les Echos du 13 décembre 2006 expliquent la stratégie de Pierre Omidyar, fondateur d'ebay. Celui-ci semble voir, dans l'attribution du prix Nobel de la paix à Muhammad Yunus (fondateur de la Grameen Bank, spécialiste du micro-crédit), la confirmation d'une tendance de fond sur laquelle il entend surfer : le rapprochement entre « business » classique et notion d'« intérêt général ». Par exemple, le fonds d'investissement de Pierre Omidyar vient d'investir dans un site (prosper.com) qui, à la manière d'ebay, permet à des particuliers d'emprunter auprès d'autres particuliers en fonction de leur profil d'emprunteur. Ce profil est défini par une réputation virtuelle obtenue par agrégation informatisée de l'évaluation par les autres internautes du sérieux et de la capacité à rembourser de l'individu. Pierre Omidyar se campe ainsi en philentrepreneur (imité d'ailleurs par plusieurs magnats de l'Internet), capable de donner aux masses une chance de sortir de leur condition. La Grameen Bank, en prêtant à ceux à qui personne ne voulait faire confiance, a bien permis à des millions de personnes de sortir de la pauvreté en créant leur petite activité. De son côté, ebay aurait permis à dix millions de personnes dans le monde de vivre du commerce virtuel. Pourquoi alors ne pas croire, comme Pierre Omidyar, à la possibilité de développer dans un même élan intérêt général et business ?
Le commentaire :
Une exposition passionnante (sur le fond, pas sur la forme), organisée par la BNF à la Bibliothèque de l'Arsenal (jusqu'au 25 février 2007), restitue l'incroyable mouvement des saint-simoniens qui, entre autres, voulaient faire tomber les murs entre business et intérêt général, hommes et femmes, Orient et Occident et tant d'autres murs entre individus à l'origine du fameux système d' « exploitation de l'homme par l'homme » (la formule n'est en effet pas marxiste mais... saint-simonienne). Les propos d'Omidyar qui semblent généreux, utopistes, nouveaux et très Web 2.0 ne sont pas si novateurs au regard de cette exposition. Si les deux grands continuateurs et développeurs de l'œuvre saint-simonienne, Enfantin et Bazard (tout un programme...), se perdirent dans l'élaboration d'une nouvelle religion, leur œuvre technico-économico-sociale fut en revanche déterminante pour le dix-neuvième siècle. Les saint-simoniens furent ingénieurs (de Polytechnique notamment), banquiers (les frères Pereire entre autres) et industriels (Paulin Talabot par exemple). On doit à ces premiers philentrepreneurs de l'Histoire la création de sociétés comme le PLM (Paris Lyon Méditerranée), les Crédit Lyonnais, Crédit Industriel et Commercial (CIC) et encore la Société Générale, la Générale des Eaux. Point d'orgue de cette grande aventure humaine, le canal de Suez qui n'aurait pas existé sans eux. Pour ces saint-simoniens qui voulaient la paix et le progrès social, apportés par la technique, le rapprochement des peuples et l'émancipation du plus grand nombre, les deux leviers majeurs étaient le rail et la banque. Pour les philantrepreneurs actuels, il s'agit d'Internet (autre moyen de communication) et du micro-crédit... La contribution des philentrepreneurs du début du dix-neuvième siècle à la révolution industrielle française est indiscutable et déterminante. Celle des philentrepreneurs actuels à la révolution numérique mondiale est encore à venir ! (à suivre)
|
|
|
|
|