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Depuis plusieurs mois, le monde des moteurs de recherche est en pleine effervescence et les trois grands leaders du domaine, Google, Yahoo! et Microsoft, se mènent une lutte acharnée, rivalisant d'ingéniosité et multipliant les annonces à un rythme effréné pour conquérir la place de moteur préféré des internautes. L'été 2005 n'a pas dérogé à la règle, la récolte en nouveautés a été riche, venant ainsi durcir la compétition avec un nouveau venu qui nous arrive de Chine, Baidu. Google a une fois de plus volé la vedette aux autres, levant notamment 4 milliards de dollars sur les marchés financiers (ce qui laisse augurer de nouvelles acquisitions et investissements dans des domaines encore inexplorés par lui). Au-delà de cette débauche de nouveautés, de cette course à l'innovation où, la plupart du temps, Google entraîne ses concurrents dans son sillage, on ne peut s'empêcher de se demander jusqu'où ira la firme de Larry Page et de Serguei Brin, si son irrésistible ascension s'arrêtera jamais un jour, mais aussi qui la dévorera à son tour... car même si elle parvient à conserver ses concurrents américains à distance, ne risque-t-elle pas de se faire rattraper par le marché chinois, premier marché Internet en devenir de la planète ? Moteurs de recherche, une actualité encore très chargée cet été Le monde des moteurs de recherche et des portails a continué au cours de ces tout derniers mois à manifester un grand dynamisme et une étonnante vitalité. La montée de la Chine Baidu, 1er moteur de recherche en Chine, 6e dans le monde en termes d'audience s'est introduit au Nasdaq début août avec le plus grand succès (1) : son action a terminé à + 350 % le jour de son introduction (mieux que Google lors de son introduction, il y a un an). Surnommé le Google chinois, ce moteur de recherche, créé il y a un peu moins de six ans est devenu le petit moteur qui monte et qui oblige Google à lui céder du terrain en Chine. Il y a six mois encore, Google y était en tête en termes d'audience, aujourd'hui c'est Baidu qui domine avec 52 % des recherches traitées, contre 33 % pour Google (2). Baidu se positionne second en termes de capitalisation boursière sur le marché chinois. Il connaît une croissance de 200 % par an, présente un modèle économique classique et similaire à celui de ses concurrents (ses revenus sont générés par les liens publicitaires contextuels) et n'a pas à rougir de son catalogue de services face à Google (1). Tout ceci en fait une proie idéale pour Google et des rumeurs courent quant à son rachat par la société californienne (celle-ci détient déjà 2,6 % de son concurrent chinois depuis juin 2004). Mais Robin Li, le patron de Baidu, a exclu de vendre sa société à Google et préfère un développement indépendant (3). L'effervescence autour de Baidu n'est pas un événement isolé, elle concerne un grand nombre d'autres sociétés chinoises évoluant dans la sphère Internet. Il faut rappeler que la Chine dispose du 2e réseau Internet au monde, après les Etats-Unis, avec plus de 100 millions d'internautes (soit la moitié de ce que comptent les Etats-Unis, la population mondiale des internautes se chiffrant à près d'un milliard). La population chinoise s'élevant à 1,3 milliard d'habitants, cela laisse entrevoir de belles marges de progression (4) ! Baidu pourrait ainsi assez rapidement devenir le premier moteur de recherche mondial en termes d'audience. Par ailleurs, le nombre des abonnés chinois au haut débit a doublé en un an pour atteindre 43 millions ; une société d'études chinoise a évalué le marché de la publicité en ligne à 208 M$ en 2004 et estime qu'il devrait s'élever à près d'un milliard de dollars en 2009 (5). Devant une telle conjoncture, il n'est pas surprenant que de nombreux analystes considèrent aujourd'hui l'empire du Milieu comme le nouvel eldorado électronique, ni que ce marché soit très convoité par les entreprises occidentales. Depuis deux ans, de grands noms des médias et de l'Internet (Amazon, CNET, eBay, Google, IAC/InteractiveCorp, Yahoo!, Microsoft...) ont acquis ou pris des participations dans différentes sociétés chinoises d'Internet (6). Pléthore d'annonces chez les leaders Projets, annonces, lancements, acquisitions, changements de stratégie... ont régulièrement été relayés par l'ensemble de la presse au cours de l'été. Yahoo! a ainsi dans ses cartons : - un projet de moteur de recherche audio, - une nouvelle version de Yahoo Mail incluant la recherche de photos et documents contenus dans les mails, - le service Yahoo!Photomail (qui permet d'insérer jusqu'à 300 photos dans un message, de les retoucher et de les personnaliser), - une nouvelle version de Yahoo Messenger intégrant un service de VoIP, - l'intégration de vidéos issues des chaînes de télévision américaines CNN et ABC dans ses pages d'actualités. ... Mais, l'événement phare, pour Yahoo!, a été la prise de participation de 40 % (soit 1 milliard de dollars en cash) dans le site d'e-commerce chinois, alibaba.com, le 10 août dernier, le consacrant comme l'un des plus grands groupes Internet en Chine (7). Microsoft, de son côté, a lancé : - une version bêta de son service de recherche locale rattachée à MSN Search, - la version définitive de MSN Desktop Search (recherche sur PC), - MSN Earth View en réplique à Google Earth, - MSN China (en langue chinoise) ce qui lui permet de se faire une place sur le second marché Internet mondial. Dernière rumeur en date, Microsoft aurait des vues sur AOL (8) et serait en pourparlers avec Time Warner pour racheter en partie le portail (selon le New York Post, Time Warner garderait cependant des contacts avec Yahoo! et Google pour le cas où les discussions avec Microsoft échoueraient). AOL, a-t-on pu apprendre également : - a décidé d'ouvrir son portail au grand public (en réservant toutefois les éléments les plus exclusifs aux abonnés), - a mis en ligne son moteur de recherche vidéo, AOL Video (une semaine après Google), - a lancé la version bêta d'une page d'accueil personnalisable ainsi qu'Aolmobile.com (vitrine pour services mobiles). Le portail compte enfin parmi ses projets un nouveau client email (AOL Mail Client), une nouvelle version de sa messagerie instantanée AIM et le développement de services dans le domaine de la mobilité via des acquisitions et la création d'une filiale dédiée, AOL Wireless. Last, but not least, Google qui, comme de coutume, s'est distingué et a, dans nombre de cas, pris de vitesse ses principaux concurrents avec le lancement : - d'une page d'accueil personnalisable, - de Google Search Appliance (appliances de recherche pour les entreprises leur offrant notamment plusieurs niveaux de sécurité), - de Google Video Viewer (lecteur vidéo en ligne pour nouveau moteur de recherche d'images), - de Google Mobile Search (services de recherche dédiés aux mobiles), - de Google Moon (extension de Google Maps couvrant la surface lunaire), - de Google Earth (exploration de la terre en 3D), - de Google Desktop 2 (deuxième version de son moteur de recherche sur PC), - de Google Talk (service de messagerie instantanée avec extension de téléphonie), - de Google Blog Search (moteur ciblant la blogosphère) en version bêta. ... Sans compter des réflexions autour d'un système de paiement électronique, l'ouverture d'un centre de R&D en Chine prévue pour le troisième trimestre 2005 et le recrutement de Vinton Cerf (considéré comme l'un des pères fondateurs de l'Internet) en qualité d'évangéliste en chef d'Internet (9). Tout semble réussir à Google ou presque Tout semble tellement réussir à Google que l'on pourrait presque croire que rien ne peut venir assombrir son horizon. Quelques ombres apparaissent au tableau toutefois : - Du fait des critiques, la firme californienne a dû retirer de la circulation Google Web Accelerator (accélérateur de pages web) trois jours après sa mise en ligne. - Face à l'opposition des éditeurs américains, dans un souci d'apaisement, Google a décidé de temporiser, décrétant un moratoire sur le programme Google Print, son projet de bibliothèque numérique. Il a donc suspendu jusqu'en novembre la numérisation des ouvrages sous copyright (mais pas celle des livres libres de droit) afin que les auteurs puissent leur signaler les ouvrages qu'ils ne voudraient pas voir numériser. Ce programme a également provoqué une levée de boucliers en Europe où six pays dont la France, l'Allemagne et l'Italie, ont décidé de contrer "l'hégémonie éditoriale anglo-saxonne" en lançant un projet concurrent de bibliothèque numérique européenne (Jacques Chirac soutient notamment ce projet ainsi que le lancement d'un moteur de recherche européen -baptisé Quaero- afin de doter l'Europe d'un outil comparable à celui du géant Google). Mais face à toutes ces oppositions, Google continue à avancer, rien ne l'arrête. Il vient d'annoncer, début septembre, qu'il était prêt à s'attaquer à la numérisation des ouvrages français. - Enfin, Google commence à connaître ses premiers procès (poursuites par des annonceurs américains pour pratiques abusives, condamnation pour usurpation de marque dans Adwords...), le plus médiatisé étant celui qui l'oppose à Microsoft dans l'affaire du recrutement de l'ancien responsable du centre de R&D de MSN China, le Dr Kai-Fu Lee (24). En dépit de ces quelques contrariétés, Google affiche une réussite insolente. Ses résultats trimestriels sont supérieurs aux prévisions, pourtant déjà optimistes (12). La progression et la rentabilité de Google ne cessent de surprendre les analystes. Les chiffres sont éloquents : - Entre 2002 et 2004, son chiffre d'affaires a été multiplié par 7, son bénéfice net par 4 (10). - Google a multiplié ses bénéfices par 6 au 1er trimestre 2005, par 4 au 2d trimestre. - Sur la totalité du 1er semestre 2005, le CA a presque doublé, le revenu net a quasiment été multiplié par 5 (11). - En un an, le cash flow trimestriel du groupe a augmenté de 600 % (10). - Sa valorisation est telle que Google dispute à Time Warner le titre de premier groupe de média de la planète en terme de capitalisation boursière. - Google réalise plus de recettes publicitaires qu'un groupe tel que le New York Times. - Google contrôle entre un tiers et la moitié de la publicité liée aux moteurs de recherche dans le monde (12). Sur le plan de l'audience, Google marque régulièrement des points. Si en termes de pages indexées, c'est Yahoo! qui vient en tête avec 20 milliards de pages (soit deux fois plus que Google), en revanche, en termes de recherches effectuées sur le web, le moteur Google domine largement ses concurrents (13). En France, 8 recherches sur 10 sont effectuées par lui (14). Aux USA, selon des chiffres datant de juin dernier, 52 % des recherches sur le web se font via Google, contre 25 % pour Yahoo! et 10 % pour MSN, avec le constat suivant : le nombre des recherches effectuées via Google progressent au détriment de Yahoo! et Microsoft. Avec un bémol toutefois, cela n'empêche pas Yahoo! et Microsoft d'attirer au final plus de visiteurs sur leurs sites grâce à une large palette d'offres de services (jeu, musique...). Cependant, de nombreux analystes voient dans le moteur de recherche un point d'entrée crucial pour tout ce qui est en ligne. Yahoo! et Microsoft avec des parts de recherche qui s'érodent pourraient voir leur croissance ralentir dans le futur. Le leadership de Google dans la recherche semble aujourd'hui quasiment inattaquable car il est extrêmement difficile de changer les habitudes des internautes (15). Sur le front boursier, l'action a triplé depuis son introduction au Nasdaq, il y a un an. La capitalisation boursière de l'entreprise s'élève à 80 milliards de dollars. Google vient d'annoncer son intention de lever 4 milliards de dollars sur les marchés financiers via l'émission de 14,16 millions d'actions, soit 5 % de sa capitalisation actuelle. A l'issue de sa levée de fonds, Google disposera d'un trésor de guerre de 7 milliards de dollars de liquidités (il est à noter qu'en cas de forte demande, la société californienne compte lever 1,7 milliard de dollars supplémentaires). Le groupe n'ayant pas de dettes (depuis son introduction en Bourse, le groupe n'a procédé qu'à trois acquisitions de petite taille), la question se pose : à quoi va-t-il réserver tous ces fonds ? (16). Il est évident que, pour garder sa position de leader, Google doit faire face à la concurrence acharnée de Yahoo! et Microsoft, innover sans cesse (il a programmé 700 millions de dépenses en R&D, soit 100 millions de plus que prévu) et embaucher à tour de bras. Dans ce contexte, les 4 (ou éventuellement 5,7) milliards lui serviront à garder la cadence (10). Néanmoins, les spéculations vont bon train et donnent lieu aux rumeurs les plus diverses : Google, bientôt opérateur de télécoms ? Bientôt FAI ?... Les ambitions cachées de Google On ne peut que constater que Google s'éloigne de plus en plus du domaine de la recherche sur le web. Au regard de ses récentes embauches, investissements et acquisitions, on peut se faire une idée de la direction prise par le géant de la recherche sur le web, ce que ne manquent pas de faire les journalistes. Certaines publications se contentent de souligner quelques-unes de ses initiatives et d'ouvrir des pistes, d'autres essaient de reconstituer le puzzle, n'hésitant pas à "se mouiller" et à émettre des hypothèses pour le moins troublantes. Google se pose en concurrent de la terre entière Ainsi, pour le magazine Business Week (17), les ambitions de Google sont sans limites. Il est loin le temps où Microsoft régnait en maître, faisant trembler ses concurrents et courir les investisseurs. Aujourd'hui, Google est devenu une sorte de pieuvre géante qui remplit ses concurrents de crainte et d'envie. La firme californienne veut tout explorer, de l'accès Internet Wi-Fi et des équipements mobiles aux systèmes d'exploitation et à l'e-commerce. Google se pose non seulement déjà en concurrent de Yahoo! et de Microsoft, mais il se prépare dorénavant à se mesurer à d'autres géants comme eBay, Motorola, Nokia, SBC Communication ou Verizon. Les start-up qui travaillent sur des technologies similaires à celles utilisées dans la sphère de Google n'ont pas d'autres choix que de se faire racheter ou de se faire laminer. Si le géant de la recherche continue à prendre des initiatives tous azimuts, bientôt il va se poser en concurrent de la terre entière. Selon la publication, ses initiatives laissent entendre qu'il s'attache à offrir le plus grand nombre d'accès possibles à Internet aux gens, et ce à grande vitesse ; ses récentes acquisitions (notamment celle de la start-up Android, spécialisée dans les logiciels pour la téléphonie mobile) semblent confirmer que l'entreprise travaille sur une plate-forme logicielle pour téléphones mobiles afin que les utilisateurs puissent faire des recherches sur le Net et obtenir des données à partir de leur téléphone mobile ; Google a cherché à récupérer des talents issus de chez Microsoft dans le domaine des systèmes d'exploitation et des navigateurs (il avait aussi l'année dernière loué les services de développeurs de Firefox) ; il affiche également des ambitions dans l'e-commerce (bien que ce soit un domaine où il n'a pas brillé jusqu'à présent) et il travaille au développement d'une plate-forme de paiement en ligne. Cependant, Business Week ne s'aventure pas à émettre des pronostics quant aux projets qui seront retenus et qui verront le jour. De son côté, Information Week (18) s'intéresse aux deux récentes annonces de Google, Google Desktop 2 et Google Talk, qui, pour lui, accélèrent l'évolution de l'entreprise de fournisseur de système de recherche sur le web vers une entreprise de communication multimédia. Si Google Desktop 2 ne se démarque pas beaucoup de sa vocation première, sa focalisation sur la personnalisation reflète la volonté de Google de ne pas s'arrêter à la récolte d'information mais d'aller vers sa création et son partage. Quant à Google Talk, il permet à Google d'aller au-delà d'Internet, de prendre pied dans la téléphonie et d'assouvir ses ambitions dans ce domaine. Il souligne également l'intérêt de Google pour les standards ouverts et l'interopérabilité avec les autres réseaux. Le grand dessein de Google... ou simples spéculations de journalistes ? Mais c'est le magazine Business 2.0 (19) qui nous livre le scénario le plus saisissant. Google travaillerait au déploiement d'un réseau Wi-Fi dans certaines métropoles des Etats-Unis. Celui-ci permettrait aux internautes américains d'accéder gratuitement à son propre réseau national à haut débit (réseau qui pourrait prendre le nom de GoogleNet, par exemple, et qui viendrait concurrencer les plus gros FAI américains). Les avantages pour Google seraient multiples : économies, gain de productivité, contrôle sur le transport des données (en effet, comme l'explique très clairement Yves GrandMontagne sur silicon.fr (20) : "Lors d'une requête sur Google, le réseau entre l'internaute et son fournisseur d'accès est payé dans l'abonnement du premier. Mais entre le fournisseur d'accès et les serveurs Google, c'est le moteur qui paie... Le coût des transferts IP est d'environ 60 dollars par méga octet la seconde !"). GoogleNet lui permettrait également de fidéliser ses internautes, de multiplier les services gratuits ou payants et de maîtriser de bout en bout la liaison avec l'internaute dans le cadre de ses services de localisation. Pour corroborer ses dires, Business 2.0 s'appuie sur les récentes acquisitions de Google et ses produits et services en cours de développement. Google a ainsi pris position sur le marché du courant porteur en ligne indiquant seulement qu'il s'agissait pour lui de "promouvoir un meilleur accès à Internet". Il a effectué des acquisitions massives dans le domaine des réseaux de fibre optique, des connexions à très haut débit ; il profite des difficultés des opérateurs télécoms américains pour acquérir en masse de la bande passante. Outre des applications comme GooglePrint, Google Video Search ou Google Earth, la firme californienne préparerait des applications particulièrement gourmandes en bande passante (vidéo et télévision à la demande...) qui seraient tout naturellement hébergées par GoogleNet. Simples spéculations de journalistes ? Ce n'est pas si sûr, d'autres sources américaines semblent confirmer les plans de Google concernant GoogleNet (30). Tout cela ne concerne que les infrastructures, mais du côté logiciel, l'ambition suprême de Google est de développer une plate-forme qui, comme le système d'exploitation de Microsoft, deviendrait si populaire que les développeurs web extérieurs écriraient des programmes et bâtiraient de nouveaux services liés à Google, rendant ainsi la page d'accueil de Google indispensable dans l'écosystème de l'informatique personnelle (21). Avec pour conséquence la suppression de la dépendance à Windows dans le domaine de l'Internet. En effet, en rattachant un nombre croissant d'applications à la fonction de recherche en ligne, Google réduit l'importance du système d'exploitation. C'est au tour de Google d'imiter Microsoft lorsqu'il a supplanté Netscape en incluant gratuitement Internet Explorer dans Windows et d'intégrer gratuitement des applications et des services en se rémunérant sur les revenus publicitaires (12). En contrôlant l'infrastructure et en mettant en œuvre cette plate-forme logicielle, Google aurait ainsi une emprise totale sur les utilisateurs. Microsoft est bien conscient du danger que représente Google pour lui, et c'est sans surprise que la firme californienne se retrouve dans son collimateur. Google, l'ennemi public N°1 de Microsoft Google se pose de plus en plus en challenger face à Microsoft, son concurrent le plus sérieux (et ce, en dépit d'une capitalisation 4 fois inférieure à celle de son rival) (22). Les deux compagnies se livrent à un véritable jeu d'échec. Les exemples de leurs affrontements sont nombreux. Mais Google n'entend pas se laisser impressionner et la bataille fait rage. Ainsi, à chaque nouveauté Google, Microsoft réplique à la vitesse de l'éclair (VoIP, recherche sur PC, Virtual Earth/Google Earth...) (23). Récemment, Microsoft a poursuivi Google pour non-respect de clause de non-concurrence lorsque ce dernier a embauché Kai-Fu Lee en juillet dernier pour diriger son centre de recherche chinois (la justice américaine vient de trancher, il s'agit d'une victoire en demi-teinte pour Google : il est autorisé à recruter le Dr Kai-Fu Lee, mais ses missions font l'objet de restrictions) (24,29). Pour Microsoft, Google est devenue la firme à abattre et l'éditeur de Redmond cherche désespérément l'arme absolue contre Google. La croissance de Google l'inquiète d'autant plus que, reconnaît Bill Gates, "c'est l'éditeur de logiciels qui nous ressemble le plus". Sur le créneau de la recherche sur le Net, Google est supérieur à Microsoft et Google se rapproche de plus en plus de ses marchés vitaux. A Redmond, beaucoup estiment inéluctable qu'un traitement de texte, un tableur ou un logiciel de présentation voient le jour prochainement dans l'univers Google. Qui plus est ces applications seront mises au point par des anciens de Microsoft, indépendantes de Windows et probablement gratuites (12). Une exacerbation vis-à-vis de Google portée à son paroxysme Autre grand grief contre Google : la firme de Bill Gates s'est rendue compte que Google recrutait des informaticiens ayant le même profil que les siens (et aussi avec davantage de succès), parmi lesquels un grand nombre de ses propres salariés, collaborateurs qu'elle aurait pour certains aimé conserver. L'affaire Kai-Fu Lee a ainsi porté au paroxysme l'exacerbation de Microsoft vis-à-vis de Google, mais cette exaspération n'est pas nouvelle : Steve Ballmer (CEO de Microsoft) voue depuis longtemps une haine farouche à Google. Google l'irrite, l'ulcère, l'insupporte et, dès qu'il s'agit de son concurrent, il a le plus grand mal à garder son self-control... quand il ne frise pas l'hystérie. Ainsi, une anecdote croustillante fait actuellement les délices de la presse et des blogs aux Etats-Unis. Dans une déposition sous serment faite dans le cadre du procès Kai-Fu Lee, l'un des témoins, un ancien salarié de Microsoft, décrit l'explosion de colère de Steve Ballmer lorsqu'il lui a annoncé son départ pour rejoindre Google et révèle qu'il lui aurait tenu les propos suivants (ce que les blogs surnomment dorénavant la tirade de Ballmer) : "Putain, je vais enterrer ce mec [Eric Schmidt, Google CEO]. Je l'ai déjà fait et je le referai. Putain, je vais tuer Google... Google n'est pas une véritable entreprise, ce n'est qu'un château de cartes.", en V.O. : "I'm going to fucking bury that guy, I have done it before, and I will do it again. I'm going to fucking kill Google....Google's not a real company. It's a house of cards.” (25) Une réussite saluée par tous, mais une ascension qui commence à inquiéter Alors que beaucoup saluent le succès phénoménal de Google, son irrésistible ascension commence cependant à inquiéter : Faut-il avoir peur de Google ? s'interroge Yves Grandmontagne sur le site silicon.fr (26), Google voit-il trop grand ? titre L'Ordinateur Individuel de septembre 2005 (13). La réussite de Google est un phénomène exemplaire. Créée en 1998, l'entreprise est devenue en moins de six ans l'une des marques les plus connues au monde. Sa puissance de feu est énorme. Investir tous azimuts nécessite de gros moyens, ce que l'entreprise parvient à obtenir en créant des partenariats. Elle fédère, tire le business, se pose en leader en matière d'innovation, se façonnant une image de marque de société innovante, d'une grande rapidité d'action et de réaction, qui en fait pâlir d'envie plus d'un. Mais d'horizons divers on se demande si, du fait de sa position hégémonique, Google ne devient pas trop puissant : auteurs, producteurs et diffuseurs de contenus multimédias n'apprécient pas forcément de voir que le moteur de recherche utilise leur production pour vendre ses espaces publicitaires ; certains dirigeants politiques (parmi lesquels Jacques Chirac) redoutent une uniformisation de la culture mondiale avec des projets tels que Google Print ; de nombreuses personnes craignent de voir Google devenir la seule porte d'entrée sur le réseau mondial et se transformer en Big Brother(13). ... et la fronde gagne : Dans la Silicon Valley, rapporte Gary Rivlin sur News.com (21), on commence à dire tout haut que Google s'éloigne de plus en plus de sa culture d'entreprise d'origine pour devenir plus arrogant et se mettre à ressembler à son concurrent N°1, Microsoft. Bill Gates peut se rassurer, il n'est plus le seul à être montré du doigt. Google se comporte dorénavant comme une entreprise issue de "l'establishment" alors que la Silicon Valley a une culture de rebelle. Certains capitaux risqueurs, entrepreneurs, spécialistes des technologies de l'information se plaignent de son comportement vis-à-vis de ses partenaires actuels et potentiels. Cette récente mauvaise réputation est en train de gagner rapidement du terrain. Les observateurs rappellent que Google n'est pas invincible : la Bourse, le fait de vouloir se développer dans trop de secteurs à la fois ou même un orgueil démesuré peuvent le faire chuter. Google, le nouvel empire du mal de la Silicon Valley ? Les similarités entre Google et Microsoft sont perçues de façon évidente par de nombreuses personnes. Ainsi, pour Stephen I. Lurie, un ancien de Microsoft, "ils ont tous deux la même approche des marchés et des opportunités... ils se caractérisent par cette même certitude qu'ils peuvent tout faire, s'introduire dans n'importe quel secteur et dominer" (21). Pour Joe Kraus (fondateur de la compagnie Excite dans les années 90, puis de JotSpot, société spécialisée dans les blogs et les outils de publication), "Microsoft est en train de se transformer en IBM et Google en Microsoft" (21). Du fait de ce changement, Google est de plus en plus considéré comme une menace dans la Silicon Valley et, pour Reid Hoffman (co-fondateur de LinkedIn) "comme faisant plus de dégâts dans le domaine de l'innovation que n'en a jamais faits Microsoft" (21). En effet, les start-up Internet ont de plus en plus de mal à lever des fonds et à recruter des talents, tous regardent vers Google, et celui-ci écrème tous azimuts. Google se montre tellement acharné à explorer et à conquérir de nouveaux territoires qu'on lui attribue un qualificatif autrefois réservé à Microsoft : "The Borg". Celui-ci fait référence à un épisode de Star Trek, The Next Generation où une armée de créatures prenait le pouvoir sur toutes les civilisations les unes après les autres avec la précision d'une machine. Pour Brian Lent, président de Medio Systems, "autrefois on disait que Microsoft était l'empire du mal... mais, aujourd'hui c'est Google le nouvel empire du mal, du fait de sa position aussi forte en termes de contrôle. Il détient potentiellement le contrôle monopolistique de l'accès à l'information" (21). Allons-nous être tous "googlisés" ? Dans un édito sur l'atelier.fr, Jean de Chambure déclarait : "Google est un moteur d'innovations, un ogre technologique qui évolue dans un univers Internet multipolaire, comme une sorte de grand dieu grec, surpuissant, mais pas unique. Pareil à Héphaïstos, dieu du feu et de la métallurgie, Google forge l'avenir de l'univers d'Internet. Mais Zeus (les internautes), et les autres dieux (Microsoft, Yahoo! et consorts) surveillent et contre-attaquent !" (27). Cependant, au fil du temps, Google s'est mué en un véritable rouleau compresseur et il sera difficile à terme de ne pas se faire "googliser", comme l'exprime Virginie Robert sur le blog des Echos (28). Et dans ces conditions, reste à savoir quel sera l'acteur capable de nous éviter de subir l'hégémonie de la firme californienne. - 20 septembre 2005 – Tous droits réservés - © documental - Références bibliographiques des citations et éventuels liens Internet (liens validés le 20.09.05) : - Baidu mieux que Google. – ITRmanager.com, 06.08.05. http://www.itrmanager.com/article.php?oid=42804
- Google perd du terrain face à Baidu. – Le Quotidien du Peuple en Ligne, 01.09.05. http://french.people.com.cn/Economie/3659761.html
- Internet : le chinois Baidu.com électrise le Nasdaq /Pierre Haski. – Libération, 08.08.05.
- Baidu, le Google chinois /Olivier Duffez. - WebRankInfo™, 08.08.05. http://www.webrankinfo.com/actualites/200508-baidu-au-nasdaq.htm
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- Cerf's up for Google /Ben Elgin. - BusinessWeek Online, 08.09.05. http://www.businessweek.com
- Google fête sa première année de Bourse en levant 4 milliards /Olivier Pinaud. - La Tribune, 19.08.05, p.14.
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- Google voit-il trop grand ? /Benjamin Peyrel. - L'Ordinateur Individuel, septembre 2005, p.20.
- Google atteint des sommets d'audience en France. - L'Atelier, 11.05.05. http://www.atelier.fr/imprimer.php?artid=29785
- Google's leap may slow rivals' growth /Ben Elgin. BusinessWeek Online, 18.07.05. http://www.businessweek.com/magazine/content/05_29/b3943050_mz011.htm
- Google se constitue un trésor de guerre /Grégoire Poussielgue. - Les Echos, 19.08.05, p.1.
- Google's grand ambitions /Ben Elgin. BusinessWeek Online, 05.09.05. http://www.businessweek.com/magazine/content/05_36/b3949050_mz011.htm
- New apps keep Google pushing beyond search /Thomas Claburn. - InformationWeek, 29.08.05.
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- Google US : Internet gratuit via Wi-Fi ? A faire peur ! /Yves Grandmontagne. - Silicon.fr, 17.08.05. http://www.silicon.fr/getarticle.asp?id=11044
- Relax, Bill Gates; it's Google's turn as villain /Gary Rivlin. - News.com, 24.08.05. http://news.com.com/2102-1038_3-5842397.html?tag=st.util.print
- Google se pose un peu plus en challenger de Microsoft /Régis Marti. - Les Echos, 23.08.05, p.17.
- VoIP marks latest Microsoft-Google battleground /Laurie Sullivan, W.David Gardner. - InformationWeek, 02.09.05.
http://informationweek.com - Google vs. Microsoft : l'affaire chinoise prend de l'ampleur. - Silicon.fr, 24.07.05. http://www.silicon.fr/getarticle.asp?id=10779
- Ballmer pète les plombs : "je veux tuer google". - Silicon.fr, 05.09.05. http://www.silicon.fr/getarticle.asp?ID=11345
- Faut-il avoir peur de Google ? /Yves Grandmontagne. - Silicon.fr, 19.08.05. http://www.silicon.fr/getarticle.asp?ID=11063
- Google : ogre technologique ou Hephaïstos d'Internet /jean de Chambure. - L'Atelier, septembre 2005.
http://www.atelier.fr/type - Doit-on se laisser googliser ? /Virginie Robert. - Les Echos, 07.09.05, p.25.
- Ruling lets ex-Microsoft exec work at Google /David Needle - Internetnews.com, 13.09.05. http://www.internetnews.com/bus-news/print.php/3548361
- Secure Wireless Access from Google & more on GoogleNet broadband plans /Danny Sullivan. - Searchenginewatch.com, 20.09.05. http://blog.searchenginewatch.com/blog/050920-071042
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